Un matin, vous recevez un courrier du promoteur. « Appel de fonds n°3 : mise hors d'eau. Merci de régler 35 % du prix sous quinzaine. » Le chantier, vous l'avez vu la semaine dernière depuis le trottoir : il y a bien des murs, mais pas l'ombre d'une toiture. Alors vous vous posez la seule question qui compte à ce moment-là : est-ce que je dois payer ? Et surtout, est-ce que j'ai le droit de dire non ? La réponse courte : oui, vous pouvez vérifier, et oui, vous pouvez contester. Mais entre « avoir le droit » et « le faire correctement sans se tirer une balle dans le pied », il y a tout un monde que personne ne vous explique au moment de signer. On le fait ici.
Un appel de fonds, ce n'est pas une facture qu'on paie les yeux fermés
En VEFA, vous n'achetez pas un logement fini, vous le payez au fur et à mesure qu'il sort de terre. C'est le principe du paiement échelonné. À chaque grande étape de construction, le promoteur vous envoie un « appel de fonds » : une demande de versement correspondant à l'avancement du chantier.
Là où beaucoup de gens se trompent : ils voient l'appel de fonds comme une facture d'électricité, un truc administratif qu'on règle sans discuter. C'est plus subtil que ça. Un appel de fonds n'est exigible que s'il respecte l'échéancier prévu par votre contrat, les plafonds fixés par la loi, et si le stade de travaux auquel il se rattache est effectivement atteint. Ces trois conditions vont ensemble. Un appel peut être parfaitement conforme au calendrier contractuel et rester contestable si le stade annoncé n'est pas franchi.
L'ANIL recommande d'ailleurs à l'acquéreur de vérifier que les travaux correspondant à l'appel de fonds sont effectivement réalisés avant d'en ordonner le paiement. Ce n'est pas une obligation légale qui pèserait personnellement sur vous, c'est un réflexe de bon sens que les professionnels du secteur eux-mêmes conseillent. Personne d'autre ne le fera à votre place.
Les seuils légaux : ce que le promoteur ne peut jamais dépasser
Le Code de la construction et de l'habitation (article R261-14) fixe des plafonds. Ce ne sont pas des recommandations, ce sont des maximums qu'aucun contrat ne peut franchir. Ils sont au nombre de trois, tous liés à l'avancement : le promoteur ne peut pas avoir encaissé plus de 35 % du prix total à l'achèvement des fondations, plus de 70 % à la mise hors d'eau (le bâtiment est couvert, il ne prend plus la pluie), et plus de 95 % à l'achèvement de l'immeuble. Le solde de 5 % est ensuite payable à la livraison.
Ces pourcentages sont cumulés. « 70 % à la mise hors d'eau » ne veut pas dire que ce palier coûte 70 %, mais que vous ne devez pas avoir versé plus de 70 % du prix total à ce moment-là. C'est le compteur global qui compte.
La loi fixe des plafonds, pas un calendrier détaillé. À l'intérieur de ces bornes, c'est l'échéancier de votre contrat qui organise les appels, et un promoteur a parfaitement le droit de découper plus finement : un appel à l'ouverture du chantier, un autre à l'achèvement du plancher bas, un autre à la pose des cloisons. C'est courant et parfaitement légal. Ce qu'il n'a pas le droit de faire, c'est de dépasser le plafond du palier. Si un appel vous amène à 80 % versés alors que le bâtiment n'est pas encore hors d'eau, l'appel est irrégulier. Point.
Le dépôt de garantie versé à la réservation obéit, lui, à des règles distinctes : ce n'est pas un appel de fonds mais une somme bloquée avant même la vente. Il ne peut excéder 5 % du prix si l'acte de vente est prévu dans l'année, 2 % s'il est prévu sous deux ans, et rien au-delà. Un promoteur qui réclame 10 % « pour bloquer le lot » sort du cadre.
Les phases du chantier, et l'appel de fonds qui va avec
Le problème, quand on reçoit un appel de fonds intitulé « mise hors d'air » ou « achèvement des cloisons », c'est qu'on ne sait pas toujours à quoi ça ressemble sur un chantier. Difficile de vérifier ce qu'on ne sait pas identifier. Voici donc le déroulé type d'une construction.
Une précision essentielle avant de le lire : seuls trois de ces jalons portent un plafond légal (fondations, mise hors d'eau, achèvement), auxquels s'ajoute le solde de 5 % à la livraison. Pour toutes les autres étapes, il n'existe aucun pourcentage officiel. Le montant appelé dépend uniquement de l'échéancier de votre contrat de réservation, et il varie d'un promoteur à l'autre. Méfiez-vous des tableaux qui circulent en ligne avec des pourcentages précis pour chaque phase : beaucoup reprennent un ancien échéancier lié à la garantie intrinsèque, supprimée en 2016. Le seul document qui fasse foi pour vous, c'est votre contrat.
Tout commence à la réservation. Vous signez le contrat préliminaire et vous versez un dépôt de garantie, bloqué chez le notaire. Ce n'est pas encore un paiement du logement, c'est une immobilisation : l'argent ne va pas au promoteur, il attend.
Vient ensuite le terrassement et les fondations. Le terrain est décaissé, les semelles et le radier sont coulés. C'est le premier vrai jalon exigible, et le premier plafond opposable : 35 % cumulés au maximum. Concrètement, si vous passez devant le chantier et que vous voyez une excavation avec du béton au fond et des ferraillages qui dépassent, vous y êtes.
Puis vient l'élévation du gros œuvre, la phase la plus longue et la plus visible : planchers, murs porteurs, cage d'escalier, l'immeuble monte étage par étage. Les appels de fonds sont souvent fractionnés ici, par exemple par niveau achevé, pour un montant qui dépend entièrement de votre contrat. C'est la phase où l'on peut suivre l'avancement à l'œil nu, semaine après semaine.
La mise hors d'eau correspond à la pose de la charpente, de la toiture et de l'étanchéité. Le bâtiment est couvert, il ne prend plus la pluie. Deuxième plafond légal : 70 % cumulés au maximum.
La mise hors d'air suit de près : fenêtres et portes extérieures posées, le clos est fermé. Aucun plafond légal ici, le montant appelé relève du contrat. Le chantier bascule alors entièrement à l'intérieur du bâtiment, et c'est là que votre capacité à vérifier depuis le trottoir commence à s'effondrer.
Le second œuvre occupe ensuite plusieurs mois : cloisons, chapes, réseaux, plomberie, électricité, menuiseries intérieures. Votre logement cesse d'être un volume pour devenir un plan habitable. Là encore, le montant dépend uniquement de l'échéancier contractuel. Depuis l'extérieur, plus rien ne bouge, ce qui rend cette phase particulièrement propice aux appels de fonds difficiles à contester seul.
Vient l'achèvement, troisième et dernier plafond légal : 95 % cumulés au maximum. Attention, ce mot a un sens juridique précis, qui ne recouvre pas l'idée intuitive de « tout est fini et parfait ». L'immeuble est réputé achevé lorsque sont exécutés les ouvrages et installés les équipements indispensables à son utilisation conformément à sa destination. Des défauts de finition ou des non-conformités non substantielles n'empêchent pas nécessairement cette qualification. Autrement dit, vous pouvez être au stade « achèvement » avec des retouches encore à faire, et une cuisine qui n'était de toute façon pas comprise dans la vente.
Enfin la livraison : remise des clés, procès-verbal, réserves éventuelles. Le solde de 5 % est appelé à ce moment-là.
Le point à retenir de cette chronologie, c'est qu'elle se vérifie de moins en moins facilement à mesure qu'elle avance. Les fondations et le gros œuvre se constatent depuis la rue. Les réseaux, les cloisons et l'étanchéité, beaucoup moins. C'est précisément pour ces phases-là qu'un regard collectif, ou une photo datée prise par un autre acquéreur lors d'une visite, change la donne.
L'attestation d'avancement : votre meilleure pièce, mais lisez les petits caractères
À chaque appel de fonds doit être jointe une attestation d'avancement des travaux, établie par un « homme de l'art », généralement l'architecte ou le maître d'œuvre du programme. C'est ce document qui certifie que le stade réclamé est bien atteint.
Première réaction saine : ne payez jamais un appel de fonds qui n'est pas accompagné de cette attestation. Si elle manque, vous êtes en droit de la réclamer avant tout versement.
L'attestation constitue une pièce essentielle, et elle est établie par un professionnel soumis à ses propres obligations. Reste qu'elle est produite dans le cadre de l'opération, par un intervenant qui y participe. En cas d'incohérence manifeste ou de doute sérieux, elle peut utilement être recoupée avec des photographies datées, des comptes rendus de visite, ou l'avis d'un professionnel indépendant. Ce n'est pas de la défiance, c'est de la méthode.
Alors, peut-on vraiment refuser de payer ?
Oui, mais la vraie question n'est pas « puis-je refuser », c'est « comment contester sans me mettre en tort ».
Si l'appel de fonds correspond à un stade réellement atteint, avec attestation en règle et montant conforme à l'échéancier et aux plafonds, vous devez payer. Refuser un appel légitime vous expose à des pénalités de retard (qui, dans les contrats VEFA, ne peuvent pas dépasser 1 % par mois) et, en cas de blocage prolongé, à une procédure pouvant aller jusqu'à la résolution de la vente. Le silence ou le « je verrai plus tard » est la pire option.
En revanche, si l'appel ne correspond pas à l'avancement réel, appel prématuré, stade non atteint, attestation absente, montant qui dépasse le plafond légal, vous êtes fondé à le contester. Contester ne veut pas dire ignorer le courrier. Cela veut dire répondre, par écrit et sans tarder : vous indiquez précisément pourquoi vous suspendez le paiement (le stade annoncé ne paraît pas atteint, l'attestation manque, le seuil est dépassé) et vous demandez la justification de l'avancement.
Un cas concret : vous recevez un appel « mise hors d'eau » et vous ne voyez pas de toiture. Si la couverture ou l'étanchéité paraît manifestement inachevée, l'appel doit vous alerter. Mais une observation depuis la rue ne suffit pas toujours à trancher : certaines résidences ont une toiture-terrasse invisible d'en bas, l'étanchéité ne s'apprécie pas à distance, et un programme peut compter plusieurs bâtiments à des stades différents. Demandez l'attestation et les éléments permettant d'identifier précisément le périmètre déclaré achevé, plutôt que de conclure trop vite.
L'angle mort : la banque ne contrôle généralement pas le chantier à votre place
C'est le point qui coûte le plus cher, et personne n'en parle avant qu'il soit trop tard.
Beaucoup d'acheteurs partent du principe que si la banque débloque les fonds, c'est que « tout est vérifié ». C'est une lecture trop optimiste. La banque contrôle généralement la régularité formelle des pièces nécessaires au déblocage : l'appel de fonds, l'attestation de l'homme de l'art, la conformité au contrat de prêt. Mais elle n'a pas, sauf engagement contractuel particulier ou anomalie manifeste, à dépêcher un expert pour contrôler physiquement l'état du chantier. Personne ne va vérifier sur place que la dalle est coulée ou que l'étanchéité est posée.
La conséquence est directe : si vous avez un doute, c'est à vous de le signaler rapidement et par écrit, et de demander la suspension du déblocage. Une contestation formulée après le virement est infiniment plus difficile à faire valoir qu'une contestation formulée avant.
Selon les modalités prévues par votre prêt ou le mandat que vous avez signé, la banque peut verser directement les fonds au promoteur sur présentation des pièces, ou bien attendre votre autorisation expresse. Ces deux fonctionnements existent. Prenez cinq minutes pour vérifier lequel s'applique à votre dossier, avant le premier appel plutôt qu'au troisième : cela détermine entièrement votre capacité à intervenir à temps.
Traduction concrète : entre le promoteur qui appelle les fonds, l'homme de l'art qui atteste dans le cadre de l'opération, et la banque qui vérifie des documents plutôt qu'un chantier, la seule personne dont l'intérêt propre est de s'assurer que la construction avance vraiment, c'est vous. Et vous êtes souvent seul à le faire.
Trois scénarios que vous rencontrerez sûrement
L'appel qui arrive « en avance ». Vous recevez l'appel « mise hors d'eau » mais rien ne laisse penser que le bâtiment est couvert. Ne payez pas en l'état. Écrivez au promoteur pour demander l'attestation et la justification du stade, en précisant le bâtiment concerné. Si vous êtes à crédit, doublez d'un mot écrit à la banque pour demander la suspension du déblocage. Le paiement se fera quand le stade sera justifié, pas avant.
Le montant qui ne colle pas. L'appel est légitime dans son principe mais vous fait passer au-dessus du plafond du palier, par exemple 75 % avant la mise hors d'eau. Là, ce n'est pas une question d'appréciation, c'est un dépassement du cadre légal. Vous contestez le montant, pas le principe, et vous demandez un appel recalculé.
La contestation à la livraison. Le jour de la remise des clés, vous constatez que le logement ne correspond pas à ce que prévoyait le contrat. Le solde de 5 % est payable à la livraison, mais en cas de contestation portant sur la conformité du logement aux prévisions du contrat, il peut être consigné dans les conditions prévues par la loi. Attention à la nuance : toutes les réserves de finition ne justifient pas automatiquement de bloquer les 5 %. C'est la non-conformité aux prévisions du contrat qui ouvre la consignation, pas la simple insatisfaction sur une retouche de peinture.
Ce que change un collectif d'acheteurs
Voilà le nœud du problème : on vous conseille de contrôler un chantier, mais vous n'êtes ni sur place tous les jours, ni maître d'œuvre. Vous habitez peut-être à 400 km du programme. Vérifier « que la mise hors d'eau est réelle » quand on n'y connaît rien et qu'on n'y va jamais, c'est vite théorique.
C'est exactement là qu'un collectif d'acheteurs sur un même programme change la donne. Sur une résidence, vous n'êtes jamais seul : dix, trente, cinquante ménages achètent les autres lots. Quand l'un d'eux passe devant le chantier et prend trois photos datées, tout le monde sait à quoi ressemble la construction ce jour-là. Quand un appel de fonds « mise hors d'eau » tombe le même jour chez tout le monde, il suffit qu'une personne s'interroge sur l'état de la couverture pour que chacun demande l'attestation avant de verser.
Un acheteur isolé subit l'appel de fonds. Un collectif informé le vérifie. C'est la logique de VefaConnect : rassembler les acheteurs d'un même programme pour transformer une vérification solitaire, floue et intimidante en un réflexe partagé et documenté. Une photo datée ne remplace pas une attestation, et elle ne montre ni les travaux cachés ni l'étanchéité. Mais elle peut révéler une incohérence, et surtout permettre à tous les acquéreurs de poser la bonne question au même moment.
Payer sa VEFA, ce n'est pas signer des chèques en confiance jusqu'à la remise des clés. C'est accompagner un chantier, étape par étape, avec le droit de dire « montrez-moi que c'est fait » avant chaque versement. La bonne question n'est donc pas « ai-je le droit de refuser ? », mais « qu'est-ce que je vérifie avant de dire oui ? ». Et cette vérification, à plusieurs, devient enfin autre chose qu'un vœu pieux.
Et vous, sur votre programme, savez-vous vraiment où en est le chantier avant de recevoir le prochain appel de fonds ?
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